Ecrivains arabes d'expression française

Salah Stétié: La médiation culturelle et religieuse chez Salah Stétié

                        La médiation culturelle et religieuse chez Salah Stétié

 

 

Je suis de ceux qui savent, qui sont même convaincus que le monde d'aujourd'hui et de demain, ce dont il a le plus besoin, c'est de passeurs et de médiateurs.

                                                                                                            S. Stétié

 

            Dans son livre Salah Stétié, poète arabe, Daniel Aranjo situe le poète dans une sorte de nahda ou plutôt dans son lointain prolongement. C'est, selon D. Aranjo, une nahda contemporaine aujourd'hui du phénomène intégriste, dont il s'agit de contester l'archaïsme sauvage et délirant par la sublimation d'une pensée ontologique et poétique opérant aux sources les plus diverses de la culture islamique et occidentale. Ce n'est cependant pas une nahda, comme la voyaient ses protagonistes du XXème siècle, qui cherchaient à construire le présent et l'avenir uniquement par le retour au passé arabe. La nahda chez S. Stétié ne consiste pas uniquement en un retour aux anciens poètes arabes. Il écrit sur des poètes du passé comme du présent. Ses sources d'inspiration sont multiples et loin d'être limitées au temps ou à l'espace.

            Il s'agit, d'autre part, de faire connaître les œuvres des poètes occidentaux au lecteur arabe et celles des poètes arabes au lecteur occidental en effectuant des traductions ou en écrivant des apologies. Dans ce but, S. Stétié a écrit plusieurs essais sur des poètes et des écrivains occidentaux. Citons André Pieyre de Mandiargues, Rimbaud, le huitième dormant, Rimbaud D'Aden, Mallarmé sauf azur, « De " Sueur de sang " à " Matière céleste" », une dialectique de la substance », dans la revue Sud, ainsi que Hugo : Hugo ? Oui, Hugo ! Aussi a-t-il dédié certaines de ses œuvres à ses amis en Occident avec lesquels il partage des principes humanistes : à Philippe Jaccottet, il a dédié Habiter Vermeer, à Gabriel Bounoure, La mort abeille et La parole et la preuve, à André Pieyre de Mandiargues, il a dédié Colombe Aquiline.

            Du côté oriental, les poètes qu'il décrit comme « les porteurs de feu » reviennent souvent dans ses essais et doivent, selon lui, être connus du lecteur occidental. « Il faut connaître ces poètes, affirme-t-il, il faut connaître le feu qui les dévore et la flamme noire qui habite leurs œuvres » pour savoir qu'ils ont toutes les chances de pouvoir soutenir jusqu'au bout le défi lancé à l'histoire littéraire − ou même à l'Histoire tout court.

 

a – La médiation entre les religions 

                                          

                                                  J'ai dis assez mon mépris de la guerre

                 S. Stétié

 

Le premier pas de médiateur chez S. Stétié consiste à lutter contre la guerre des religions, contre l'intégrisme religieux, au Liban et partout dans le monde. Par son écriture, il contribue à la tolérance entre les différentes religions et les différentes croyances. Nous rappelons l'allocution qu'il prononça en 1982, à l'Église Saint-Merri à Paris, lors d'une veillée où Français et Libanais, Chrétiens et Musulmans, prièrent en commun pour le Liban. C'était une occasion pour S. Stétié de montrer les horreurs qu'on a pratiquées au Liban au nom de la religion:

 

            Chrétiens et musulmans du Liban, fils d'Abraham, nous croyons à la résurrection et que tout a commencé, une fois pour toutes, ici et maintenant. Nous croyons que la justice, comme cela nous fut enseigné, est indivisible et que chacun, sur cette terre meurtrie d'Orient, devra, contre tous les déchaînements de la violence et toutes les falsifications de l'histoire, obtenir ce à quoi il a droit : une patrie bien à lui, des racines qui soient les siennes, un toit, du pain, de la sécurité, sa part du monde et sa part de Dieu.

 

 

            Il y a plus d'un milliard de Musulmans dans le monde. Leur religion ne doit pas être isolée de ce cosmos selon S. Stétié. L'appel à l'ouverture est justifié dans Lumière sur lumière ou l'Islam créateur par le fait que :

 

            L'Islam ne s'est pas constitué tout seul ni sans prendre appui sur un réseau d'antécédents, de signes et de références. Et, aujourd'hui, il n'est pas seul non plus, c'est évident, à jouer sa partie dans le jeu complexe et compliqué de la civilisation universelle.

 

            La religion musulmane, souligne S. Stétié, n'est pas une religion de guerre. Cette dernière est vraiment le dernier moyen contre « les ennemis de Dieu ». La mission de cette religion, comme celle des deux autres religions monothéistes, est bien la paix universelle :

 

            L'Islam a rêvé de se réaliser comme une sorte de paix universelle, en tout cas au niveau de ses fins dernières. La formule de salutation généralement employée par le musulman, as-salamou alaykoum − « que le salut (et la paix) soit sur vous ! » − est, d'après le Coran en XIII, 2, et autres occurrences, celle qu'emploient les anges accueillant les élus à l'entrée du Paradis.

 

Dans Mahomet, la médiation consiste à défendre la religion musulmane telle qu'elle est décrite dans le Coran et à travers les paroles du prophète. Il s'agit, en effet, d'un Islam tolérant, ouvert sur l'altérité. S. Stétié entreprend de définir sa position par rapport à cette religion devenue « une citadelle assiégée », à Alger, au Caire, à Kaboul, tout autour de Jérusalem, la ville trois fois sainte, à Gaza, dans les territoires occupés et dans bien des villes et des pays du monde. C'est une nécessité, c'est un devoir des musulmans, selon S. Stétié, de garder leur religion loin de tout conflit ethnique, loin de toute ambition politique.

 

L'Islam est aujourd'hui [au début du vingt et unième siècle] une citadelle assiégée. Assiégé par les autres, certes, qui le craignent et le déclarent dangereusement imprévisible ; mais assiégé surtout par lui-même qui s'est enfermé − ou qu'on a enfermé − dans les divers cercles de l'archaïsme, de la pauvreté, de la primarité, de la précarité et, plus redoutablement encore, de la satisfaction béate chez certains d'en rester là.

 

Mahomet témoigne de la volonté de l'essayiste de rendre à l'Islam la dignité qui est la sienne, de le défendre contre ceux, arabes et occidentaux, qui lui imposent des guerres et cherchent à stopper son élan vers l'avenir. Il s'agit enfin de souligner la haute exemplarité du prophète et sa profonde humanité. Cette apologie du prophète laisse paraître l'humanisme chez S. Stétié, humanisme que nous retrouvons dans chacune de ses œuvres mais aussi dans chacune des fonctions qu'il a exercées.

La tolérance est considérée par S. Stétié comme principe de base de la religion musulmane. D'après lui, cette dernière, telle qu'elle est dans le Coran et les paroles du prophète, est loin de toute idée de fermeture ou de refus de l'autre. L'essayiste propose de substituer le mot « consentement » à celui de « tolérance ». Ce dernier est mal accepté dans la mesure où il contient une nuance de supériorité « non dénuée de quelque racisme ». Il insiste sur le fait que la religion musulmane est « profondément antiraciste » et que la paix est « l'une de ses caractéristiques les plus notables ». Il cite pour cela des versets du Coran comme le verset XLIX, 10 selon lequel  « les croyants sont des frères » ou encore le verset XLIX, 13 qui montre que la seule hiérarchie entre les humains se fait selon leur piété :

 

            Hommes, nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle et nous vous avons constitués en peuples et en tribus pour que vous vous connaissiez les uns les autres. Mais devant Dieu, le plus noble c'est le plus fidèle, car Dieu sait, il est renseigné.

 

Il cite un autre hadîth du prophète toujours dans le but de montrer que la seule différence entre les humains se fait par leur piété :

 

            L'Humanité entière forme une famille unique dont Dieu a la charge. Le plus aimé des hommes auprès de Dieu est celui qui, à cette famille sienne, sait se révéler le plus utile.

 

            S. Stétié travaille à faire vivre l'image positive de l'Islam qui établit l'égalité entre les hommes, auxquels le Coran s'adresse en une interpellation globalisante. Cette religion, affirme l'essayiste, fut « la première des civilisations humaines à mettre en cause l'esclavage en un temps où cela ne faisait problème nulle part ». Il explique à ceux qui prennent cette religion pour source d'obscurantisme et de terreur que le mot le plus important pour l'Islam après Dieu c'est la paix, vérité qu'il faut défendre dans la mesure où elle fait partie de la racine linguistique même de cette religion, d'une part, et d'autre part, elle est l'un des noms de Dieu :

 

Il faut dire, il faut écrire que le maître mot de l'Islam, après Allah, est le mot salam qui veut dire paix, et que ce mot, partageant la même racine qu'Islam, est aussi l'un des noms de Dieu.

 

Il n'y a pas de justification, selon S. Stétié, à l'intégrisme religieux dans la mesure où la tolérance de l'autre figure parmi les principes des trois religions monothéistes. Seuls certains adeptes de ces religions en donnent une mauvaise interprétation. Pour répondre à ceux qui croient que la religion musulmane rejette toute autre croyance, il montre que les Musulmans, pendant leur période de puissance, sont allés jusqu'à inclure les juifs dans la umma ou la nation :

 

            Les juifs formeront avec les croyants (musulmans) une umma ; aux juifs leur religion et aux musulmans la leur […] hormis celui qui aura opprimé, ou commis un crime, auquel cas ne mériteront d'être punis que lui-même et les gens de sa maison.

 

            La guerre sainte ou le djihad contre les infidèles, se veut, selon S. Stétié, une guerre défensive et clairement protectrice de tous les lieux saints de l'Islam. Le verset du Coran autorisant cette guerre justifie cette défense :

 

Toute autorisation de se défendre est donnée à ceux qui ont été attaqués parce qu'ils ont été injustement opprimés.− Dieu est puissant pour les secourir −et à ceux qui ont été chassés injustement de leurs maisons, pour avoir dit seulement : « Notre Seigneur est Dieu ! »

 

            Il montre la sympathie et la compréhension réciproque qui existent entre le Christianisme et l'Islam dès le début de la mission du prophète Mohammed. C'est un Chrétien, Waraqa, en effet, qui rencontre ce dernier au pied de la Kaaba et lui exprime sa reconnaissance : « Tu es le prophète de cette umma et le Namoûs suprême qui a été donné à Moussa t'a été donné ». Il montre aussi le rapprochement qu'il y a entre l'Islam et le Christianisme en donnant l'exemple de Dja'far ben Abou-taleb, roi chrétien qui accueilla les Mouhadjiroûn. En écoutant leurs paroles concernant cette religion, celui-ci répondit en larmes : « ce que je viens d'entendre et ce que le Christ nous a enseigné coulent de la même source. Allez en paix ».

            L'exemple le plus significatif que donne S. Stétié de l'ouverture  et de la tolérance de la religion chrétienne est l'accueil du prophète par un chrétien. Après la mort de sa femme Khadija et de son protecteur Abou-Taleb, le prophète Mohammed se rend à Taïf dans l'espoir d'y être bien accueilli. Il y est reçu à coups de pierres et c'est un adolescent chrétien qui vient le rafraîchir en lui portant un plateau de raisins. Jésus, quant à lui, est évoqué par S. Stétié comme un personnage historique. Il est une figure prééminente dans le Coran puisqu'il est la seule créature à être désignée comme « Roûh Allah », esprit de Dieu.

            Comme preuve d'ouverture du prophète d'Islam sur les autres, S. Stétié raconte son accueil des ambassades chrétiens qui venaient visiter la Mecque avec respect et bienveillance. Aussi montre-t-il que les deux religions n'enseignent pas la haine des autres, haine que certains prêchent au nom de Dieu. Le poète fait preuve d'une position favorable à la diversité. Cette position, il l'a apprise de l'un de son grand maître L. Massignon. Ce dernier, dans ses cours donnés à la Sorbonne, insiste sur le fait que les trois religions monothéistes ont chacune une caractéristique propre : le Judaïsme insiste sur l'espérance, le Christianisme sur la charité et l'Islam sur la foi.

            La compassion, terme cher au Chrétien, est le mot clé, selon S. Stétié, pour une vie de paix et de quiétude entre les humains. La tolérance ne peut se réaliser, selon lui, que par l'acceptation de l'autre avec sa différence et en tant qu'égale à moi. Dans son entretien avec G. Jarczyk, il affirme :

 

            Les hommes de l'histoire – d'hier, d'aujourd'hui et sans doute de demain – ont toujours été [...] privés de compassion, et donc altérés de celle-ci qui, seule, si elle advenait, pourrait les désaltérer.

 

            La compassion est pour S. Stétié la forme supérieure de l'intelligence et la « source privilégiée de l'âme » parce qu'elle intègre l'autre dans son altérité. Elle nous permet d'abandonner l'image que nous avons de nous-mêmes et « d'accueillir l'autre comme autre mais aussi comme soi » :

 

            J'ai toujours lié […] l'avenir de l'homme et une forme d'acceptation de l'autre dans un sentiment d'égalité réciproque. Je crois profondément que c'est par la reconnaissance de l'autre dans son « altérité égale » que se définit, non seulement l'humanité, mais aussi l'avenir de la civilisation.

 

                        Quant aux juifs, ils considéraient le prophète Mohammed comme chef des seuls Arabes de la ville et entendaient lui rester indifférents. Pourtant, souligne S. Stétié, ils étaient parmi les bénéficiaires des droits prescrits par la constitution de Médine même s'ils n'avaient pas embrassé l'Islam et n'avaient pas l'intention de le faire :

 

Celui qui, parmi les juifs, se ralliera à nous (les Musulmans), recevra notre aide et nos soins sans qu'il soit opprimé ni que quiconque [s'il est opprimé] puisse prendre le parti de l'oppresseur.

 

b – La médiation entre les cultures méditerranéennes 

           

            Le deuxième objectif que S. Stétié prend en charge et qui relève du devoir de médiateur, c'est la paix et la tolérance dans l'espace méditerranéen. Le salut dans cet espace apportera, selon lui, le salut de tous, et d'abord de « ceux qui spéculent sur sa mort ». Par cette expression, il renvoie à ceux qui prônent la guerre entre les peuples de la Méditerranée et en particulier au Moyen-Orient. Il faut préserver la Méditerranée contre toute guerre et en faire un lieu d'échange positif.

            L'expérience de la migration permet au poète, comme à d'autres d'ailleurs, de transmettre le savoir, mais aussi d'échanger les savoirs et de questionner les traditions. Au carrefour de deux cultures par sa naissance, S. Stétié entend le rester par son discours. Ainsi ne cesse-t-il d'effectuer un va-et-vient entre deux spiritualités et deux imaginaires, militant pour un esprit méditerranéen qu'il veut synonyme d'humanisme, d'un humanisme fortement menacé aujourd'hui, et dont les poètes feraient figure de derniers défenseurs. S. Stétié cherche toujours l'espace de la rencontre et de la vie en commun et montre que l'ennemi n'est qu'un frère, dans le drame de la séparation :

 

Frère ennemi je vois tes barricades

Et le mystère entre nous d'un peu de vin

En cette nuit où nous avons touché

Une autre femme

[…]

Tes barricades et leur fécond mystère

Comme des haies où nous avons cueilli les mûres

Sous l'astre de l'été quand ta menace

Était libre et pure et grande en cris

 

Son œuvre s'ouvre sur un savoir universel, un centre qui serait le point de l'union, une « transculturalité » où chacun puisse être uni et divers, un pluriel. Il est d'urgence aujourd'hui, selon lui, de mettre en pratique à travers les intuitions de l'esprit et l'effort de la réflexion, une sorte de transculturalité d'une civilisation à l'autre dans le temps et dans l'espace. Plus que jamais, pense-t-il, nous avons besoin de faire le décompte de nos convergences et de nos divergences pour mieux nous connaître, nous évaluer pour évoluer vers la concertation créatrice. C'est, en tout cas, ce qu'il tente de réaliser dans ses travaux littéraires :

 

                        Étant moi-même un homme à cheval sur deux cultures, l'arabo-musulmane qui est ma condition culturelle de départ, et la franco-européenne, de nature humaniste, qui est mon port d'attache à l'arrivée, il est normal [...] que j'aie tenté [...] d'instituer entre mes deux modes de réflexion et d'être, au- delà de leurs antinomies, et de leurs antagonismes [...] le pôle de quelque unité prévisible. Unité difficile, certes, parfois instable et tremblante, mais passionnément désirée.

 

            Convaincu de l'importance de la tolérance et de la nécessité de la cohabitation, S. Stétié se donne comme devoir le rôle de médiateur. C'est le seul moyen, en effet, de montrer, à l'Orient comme à l'Occident, qu'il est possible de vivre ensemble malgré les différences de couleur ou de culture. À travers les œuvres qu'il étudie, il tient à « rapprocher, dans un souci d'exploration de l'un, les hommes, les lieux, les temps, et les idées ».

            Dans « La Méditerranée entre les deux consciences », S. Stétié montre que l'avenir de la Méditerranée ne peut s'effectuer sans union de ses peuples, sans métissage culturel dans cet espace, sans que chacun soit habitant du double pays. Par le « double pays », il entend ce pays qui est le lieu de notre identité et de notre enracinement primordial et de l'autre pays qui, symboliquement le pays de notre identité projetée vers l'autre et désireux de s'enrichir par la pratique de cette altérité.

            Pour fonder sa thèse, S. Stétié n'hésite pas à se référer aussi bien à la culture orientale qu'à celle de l'Occident, la recherche de l'essentiel étant son objectif. Il est un « écartelé heureux » entre les deux civilisations qui, bien qu'elles soient différentes l'une de l'autre, sont capables « de symbiose et de synthèse ». Il passe aisément de la culture orientale à celle de l'Occident, de l'arabe au français et puise à deux sources comme le témoigne Nadj-Ouddine Bammate :

           

                        De l'Occident lui viennent les prestiges accumulés par des siècles successifs de classicisme, en langue française, mais aussi les rigueurs d'une syntaxe inflexible. Du tréfonds de l'Orient, de l'antique lugha arabe ou langue arabe, lui montent, consciemment mais aussi inconsciemment, les trésors enfouis, secrets, d'autres classicismes et d'autres syntaxes, tout aussi rigoureuses, profondément gardées.

 

            S. Stétié transmet la culture orientale au lecteur occidental. Bien que le moyen soit la langue de ce dernier, l'état d'âme et les sentiments décrits sont ceux d'un Beyrouthin, d'un Libanais, d'un Musulman. Nous avons montré, en étudiant l'altérité linguistique, qu'il utilise cette langue en l'émaillant des marques personnelles. Il s'agit de dire l'Orient à l'Occidental et l'Occident à l'Oriental, d'expliquer l'Islam au Chrétien et le Christianisme au musulman, voilà en quoi consiste la médiation chez S. Stétié. L'objectif est de montrer que, tout en gardant nos principes, nous pouvons nous ouvrir à l'autre, lui communiquer ces principes et comprendre les siens. Il appelle aussi son lecteur à jouer le même rôle, à savoir celui de médiateur, le seul capable de sauver l'avenir commun.

Quant au racisme, le poète montre qu'il n'a pas de raison d'être. Par ses poèmes, il parvient à nouer le dialogue avec l'autre. Il est temps, selon lui, de mettre fin à la violence entre les peuples de la Méditerranée, de mettre fin au passé sanglant ou l'autre est qualifié en termes d'ennemi :

 

Hier, oui, c'était souvent la guerre et la violence, la barbarie […] qui ont mis en contact des cultures diversifiées et parfois divergentes ou même franchement ennemies. 

 

C'est avec le dialogue et l'échange entre les peuples de la Méditerranée que la tolérance devient possible, que la paix devient réalisable, que l'acceptation de la différence devient réelle :

 

C'est dans un vaste cadre philosophique, ouverture et acceptation active de l'autre, que je souhaite situer le problème de l'échange, des échanges institués tout au long d'une très longue histoire entre les rives de la Méditerranée et de ses peuples.

 

Écoutons-le encore faisant appel à la conscience de chacun pour la réalisation de la paix en Méditerranée :

 

Plus que jamais, nous exigeons (à partir de tout ce que la Méditerranée nous a enseigné au fil des temps) que l'homme se définisse enfin par sa force d'âme, sa « virtus », par sa capacité d'adaptation à autrui et d'interrogation d'autrui.

           

            La question palestinienne crée pourtant chez le poète une certaine réserve quant à la tolérance totale et sans condition de l'autre. Le peuple israélien est sans doute, affirme S. Stétié, « l'une des plus grandes victimes de l'Histoire ». Toutefois, il se construit au détriment d'une autre grande victime, à savoir le peuple palestinien, peuple « éclaté, violé, violenté, dispersé aux quatre coins du monde arabe » :

 

Le premier peuple du Livre, historiquement parlant, est peut-être en train de refermer le Livre sur l'une des pages les plus sombres, les plus tristes et les plus tachées de sang de toute l'Histoire.

 

            Les deux bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki par les Américains constituent un drame historique. Cela prouve à quel point l'humanité peut se détruire elle-même et sans pitié. Les États-Unis, premier responsable, sont décrits comme une puissance « aveugle » :

 

            Immense puissance égoïste et immorale, puissance si forte qu'elle est capable de s'emballer et de devenir fou. Les États-Unis, c'est le plus souvent une force mal employée, un génie abusivement aveugle et, Bible en main, totalement insensible.

 

                                                              Mfedal BAIGGAR

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Article ajouté le 2007-03-28 , consulté 374 fois

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