Salah Stétié: la tolérance
La tolérance
L’Humanité entière forme une famille unique dont Dieu a la charge. Le plus aimé des hommes auprès de Dieu est celui qui, à cette famille sienne, sait se révéler le plus utile.
Hadîth du prophète
Depuis son plus jeune âge, S. Stétié a toujours écrit sur la diversité culturelle qu’il considère comme la richesse même de chaque pays. Dans la préface du Voyage d’Alep, livre dont les pages ne seront retrouvées et publiées que quelques décennies plus tard, il affirme son admiration, pendant le voyage qu’il a effectué à la capitale Alep, de la pluralité culturelle de cette ville :
Ces pages […] étaient nées, avant les années 50, dans l’émotion d’un premier voyage vers une ville fabuleuse […] Ce Proche-Orient que tant d’hommes traversent, que tant de civilisations vinrent à obséder, de voyageurs à hanter. Ici, dans ce nord de la Syrie furent les Hittites, furent les Assyriens ; ici, s’édifia la basilique Saint-Siméon, première œuvre, premier chef-d’œuvre de l’art roman, ici déposèrent les premières caravanes venues d’une lointaine Arabie qui, un jour, apporteront avec elles le message de l’Islam ; Ici était venu Abraham ; ici s’arrêtera Marco Polo […]
– L’ouverture aux autres cultures
Selon S. Stétié, la seule condition pour faire triompher l’humanisme consiste à s’ouvrir à l’autre et à respecter sa différence et son humanité. L’humanisme est « ce qui ajoute de l’humain à l’homme », affirme-t-il. Il est le seul capable de créer un vrai terrain d’entente entre les peuples :
Chaque fois qu’une inspiration née de l’intérieur de l’homme le modifie, le rend plus perméable à l’autre […] plus attentif et d’une meilleure écoute à ce qui lui parle, plus ouvert en un mot, nous pouvons, quelle que soit la clef ouvrante, parler d’humanisme.
Le voyage d’Alep est l’un des premiers textes littéraires du poète. Il est écrit à l’âge de dix-sept ans, dans l’exaltation d’un premier voyage vers un ailleurs fabuleux. L’œuvre remonte au temps où la vision du poète est « native ». Ce voyage lui permet pourtant une rencontre culturelle sans précédent avec l’autre et l’ailleurs.
C’est le voyage géographique et culturel pendant lequel l’adolescent Salah va à la rencontre de l’autre, un autre qui partage toutefois avec ce jeune voyageur divers points identiques dont l’arabité, l’Islam et la langue arabe. C’est pourtant un ailleurs différent, fascinant, admirable que représente la ville d’Alep. C’est une ville de tolérance dans la mesure où « L’église y jaillit de l’Islam ». C’est une expression qui veut dire que les religions cohabitent et que leur différence enrichit cette ville.
Le troisième axe qui « tend et sous-tend » la vie de S. Stétié après l’amour de la poésie et de la langue française, c’est l’ouverture aux autres, à leur culture et à leur être au monde. Il rappelle avec fierté le moment de sa jeunesse où, traversant une « crise religieuse », il se retire dans un monastère chrétien.
Sauf erreur est l’un des entretiens qui peuvent être considérés comme référence pour comprendre la philosophie de S. Stétié en tant que poète et essayiste ainsi que sa vie de diplomate ou de citoyen. Dans ce livre, le poète montre que son ouverture aux autres cultures et religions n’est pas le fait du hasard. C’est par une lecture passionnée des auteurs occidentaux et par leur fréquentation qu’il est arrivé à respecter l’autre dans son altérité. Cette lecture et cette fréquentation lui permettent de rejeter tout intégrisme et tout excès :
De tout cela, de l’ensemble de ces préoccupations et de ces lectures passionnées, j’ai tenté non pas une synthèse − quelle synthèse serait-elle possible ? − mais plutôt, par l’approche diversifiée, l’« invention » d’une réponse globale qui ne « répondait » pas, mais qui maintiendrait honnêtement, loyalement, ayant constaté l’impossibilité de la réponse, la question aussi largement que possible.
T. Bekri est parmi les penseurs qui admirent l’ouverture du poète et sa médiation entre les cultures. S. Stétié est, selon T. Bekri, un vigilant porteur de la parole dans ce qu’elle a de plus noble, de plus sacré, de plus spirituel. Il le fait en exemplaire laboureur des cultures, sillonnant les champs de l’esprit humain, retournant la bonne terre pour les semailles. Pourtant, cela ne l’empêche pas de réserver à l’ingrate terre le meilleur de ses forces :
Frère des humains, il rapproche les chemins entre les dialogues culturels qui sont hélas ! parfois difficiles, dialogues marqués par des blessures séculaires ou des silences lourds
S. Stétié critique certains écrivains arabes contemporains auxquels il reproche d’avoir une vision négative et injustifiée sur l’Europe. Selon lui, ces écrivains ne travaillent pas à l’ouverture de leur civilisation et, par conséquent, œuvrent contre la modernité. Le poète doit « s’ouvrir à la rose des vents et aux univers étrangers » tout en restant fidèle à son identité culturelle car ce n’est plus le temps de « la commémoration des endroits abandonnés ». C’est au contraire le moment de la « bataille engagée » en vue de détruire la structure traditionnelle du poème et de découvrir un nouveau langage poétique. Ce n’est que par l’authenticité de l’expérience et l’éclat de l’expression que la poésie arabe peut avoir sa place dans le concert des voix contemporaines.
– Deux imaginaires
Pour apporter une preuve ou fonder une théorie, S. Stétié n’hésite pas à se référer au Coran comme aux autres Livres Sacrés. Ainsi, par exemple, en parlant de la généalogie du prophète Mohammed, il cite la Bible (Genèse XVI) en évoquant l’histoire de l’esclave égyptienne Hagar, chassée par Sara, épouse d’Abraham et mère des Hébreux. Aussi se réfère-t-il aux grandes religions pour parler de l’égalité, de la fraternité et de la justice :
L’égalité : « Pourquoi Dieu n’a-t-il formé qu’un seul homme, lors de la création ? S’interroge le Talmoud. C’est dans l’intérêt de la concorde, pour qu’aucun homme ne puisse dire à un autre : je suis de plus noble race que toi ». Antiphon, au Vème siècle avant Jésus-Christ : « Aucun de nous n’a été distingué à l’origine comme barbare ou comme grec : tous nous respirons l’air par la bouche et par la narine ». Un célèbre propos (hadith) du prophète Muhammad : « Tous les hommes sont égaux entre eux comme les dents du peigne du tisserand ; pas de différence entre le blanc et le noir, entre l’Arabe et le non-Arabe si ce n’est leur degré de crainte de Dieu ». La fraternité : «Ainsi tout ce que vous désirez que les autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : voilà la Loi et les prophètes», dit Mathieu, en VII. Et, autre dit du Prophète d’Islam : « N’est croyant que celui qui veut pour son frère ce qu’il veut pour lui-même ». La justice : « Dieu n’aime pas les injustes » (Coran, XLII). De son côté, Maïmonide, mêlant merveilleusement l’amour et la justice : « Celui qui est cause de la destruction d’un seul être sur la terre peut être considéré coupable d’avoir détruit tout un univers, celui qui donne son aide à un seul être humain sur terre peut être considéré comme ayant aidé tout l’univers ».
En parlant de l’ange Gabriel, il donne l’exemple de la Bible aussi bien que du Coran :
Il (Gabriel) est avec Mikhaël […] l’un des deux seuls anges nommés par la Bible, et, s’agissant des Envoyés directs d’Allah, par le Coran.
Dans « Théâtre de nuées », il se réfère pareillement aux deux Livres :
Le nuage, et son cortège habituel – éclairs, pluie, grêle, foudre −, a, dans le Coran comme il l’a dans la Bible, une présence morale en étroite connexion avec sa charge épistémologique.
Dans le même article, il écrit :
Le Coran […] évoque souvent […] les nuages qui sont, comme dans l’Ancien Testament, des manifestations évidentes de la toute-puissance de Dieu.
Ou encore, en parlant des eaux :
C’est dans le Coran, le même récit que dans la Bible, et le même rôle est attribué aux eaux d’en haut et aux eaux d’en bas.
S. Stétié renvoie dans son écriture aussi bien à l’imaginaire arabo-musulman qu’à celui de l’Occident. Il le fait notamment par le biais de différentes expressions récurrentes. Parmi ces expressions, on trouve celles qui sont liées à l’imaginaire arabo-musulman et d’autres qui le sont au double ou à l’altérité.
Dans Nuages avec des voix, le mot lampe se répète huit fois. Dans Obscure lampe de cela, ce mot figure vingt-huit fois. On rencontre aussi dans ce dernier poème les expressions suivantes : huile, flamme, lumière, obscure, soleil, ténèbres, éclairé, éclat, feu, non-feu, froid, lampe, etc. Ces termes montrent une volonté de la part du poète de revenir à des vérités base de la vie dans un monde envahi par l’uniformité et enfermé dans un langage codé.
Le poète emploie souvent des concepts relatifs à la nature. Le désert est omniprésent dans l’œuvre de S. Stétié. Ce dernier en fait même le titre de l’un de ses recueils poétiques, à savoir Réfraction du désert et du désir. Nous trouvons aussi des expressions liées à l’herbe, à l’arbre, à la feuille ou bien à l’air : « les oiseaux », à la terre : « les bœufs », « les chiens », ainsi que les énigmatiques insectes, ou fourmillements, signes d’une structure mouvante, entre la terre et l’air.
L’Orient est lié chez S. Stétié à la notion d’originellité. Cette dernière est, selon lui, un retour de la langue et de la conscience à la première vérité. C’est une notion qui lui est chère et lui paraît plus fondamentale que la notion d’originalité autour de laquelle tourne l’appréciation portée sur tout apport créateur en Occident.
L’imaginaire occidental vient compléter et enrichir celui de l’Orient. Il en est même indissociable pour le poète qui se décrit en tant que médiateur entre les deux cultures. Pour évoquer Shakespeare, il convoque des termes liés au « labyrinthe » et au « tissu de miroir » : l’homme est fait de reflets. Il est le même et l’autre et le même. Le miroir et son paradigme tiennent une place importante en ce qui concerne l’imaginaire. Le miroir confronte le poète à la substance et la double identité du réel mais aussi à l’altérité :
Double maison dans le céleste ciel
avec l’autre maison approfondie de brume
puis l’eau mirant la brume sans maison.
ou encore :
L’oubli ou son jumeau l’oubli
En outre, le doublet syntaxique signifie que dans l’imaginaire le motif n’est jamais unique et isolé mais un exemplaire de l’ensemble attribuable à l’effet de miroir : « douleur douleur de l’esprit », « fourmi fourmi scorpion ». « Ou son jumeau » placé entre « l’oubli » et sa réplique donne une explication à ces doublets.
– La lutte contre l’obscurantisme
S. Stétié ne se contente pas d’être tolérant vis-à-vis des autres cultures au niveau personnel. Il lutte aussi contre toute forme de rejet. La différence selon lui ne doit pas entraver le dialogue avec l’autre. Elle doit au contraire contribuer à une civilisation universelle fondée sur la reconnaissance et le respect des autres. Dans un article intitulé « Ça suffit », paru sur internet, il conteste le discours du Ministre égyptien de la culture dans lequel ce dernier traite la poésie arabe d’Abou-Nuwwas d’immorale.
Il considère cette position comme une version du fondamentalisme de certains dirigeants arabes qui sont contre toute ouverture et dont la position est injustifiée. Abou-Nuwwas est l’un des « pères fondateurs » de la littérature arabe et par son sens aigu de la liberté de l’homme, un des pères « fondateurs de notre humanisme ». Il n’y a donc pas de raison, selon S. Stétié, de haïr un tel poète et de croire ceux qui profitent de leur situation de dirigeants pour imposer des censures comme bon leur semble :
Ils ont voulu il y a quelques années nous priver des « Mille et Une nuits », le chef-d’œuvre absolu de la littérature arabe et l’un des trésors de l’humanité, cela au nom de leur morale étriquée et de cette brutalité primaire qu’on n’ose qualifier d’intellectuelle ou de spirituelle et qui se nourrit aux pires sources du fondamentalisme.
En outre, il dénonce toute fermeture arabo-musulmane présentée au nom de Dieu. Texte à l’appui, il montre que le prophète a été « très clair » dans ses propos concernant l’ouverture. Il en cite deux : « Quête la science, fût-ce en Chine » et « quiconque cache son savoir, Dieu lui met un mors de feu jusqu’au jour de la Résurrection ». Ces propos sont connus et appris par les musulmans dès leur plus jeune âge que ce soit à l’école laïque ou à l’école coranique pour ceux qui se consacrent aux études religieuses. Communiquer son savoir est donc un « devoir » selon S. Stétié comme il l’est dans la religion musulmane, et cela ne peut se réaliser sans contact avec l’autre.
Certains écrivains et intellectuels européens, de leur côté, par leurs travaux ou par leur importance médiatique, contribuent à la haine des musulmans et de leur religion. Dans l’article intitulé « Un monsieur qu’a du flair », publié sur internet, S. Stétié conteste l’avis de ceux qui portent des jugements « injustifiés » sur la religion musulmane ou le monde arabe. Ce sont les propos de l’écrivain d’origine indienne Salman Rushdie (né en 1947) et de l’écrivain français Michel Houellebecq (né en 1958) qui font l’objet de cette critique. Salman Rushdie s’attaque indirectement au prophète de l’Islam dans Les versets sataniques selon S. Stétié, chose qui donne une image négative et non justifiée de cette religion et contribue à la haine mutuelle des musulmans et des non-musulmans.
Quant à M. Houellebecq, il n’hésite pas à attaquer l’Islam, « la religion la plus con », comme si, affirme S. Stétié, il connaissait à fond toutes les religions et qu’il pouvait « juger, avec nuance et hauteur de vue, de leur valeur et de leur portée ». Suite à l’opération d’un commando de terroristes musulmans qui commet un attentat meurtrier et met fin brutalement au business prometteur de tourisme sexuel organisé par l’un de ses personnages, M. Houellebecq tient des propos totalement et clairement négatifs sur l’Islam et le Coran. Il trouve même que les opérations militaires israéliennes contre les Palestiniens sont complètement justifiées et légales. Lisons cette phrase de M. Houellebecq dans son roman Plateforme:
Chaque fois que j’apprenais qu’un terroriste palestinien ou qu’un enfant palestinien ou qu’une femme enceinte palestinienne avaient été abattus par balle à Gaza, j’éprouvais un tressaillement d’enthousiasme à la pensée qu’il y avait un musulman de moins.
S. Stétié en déduit que, pour des écrivains comme M. Houellebecq, la tolérance des autres cultures est bien au degré zéro et propose de rappeler que les deux civilisations, occidentale et arabo-musulmane ont pourtant connu des moments d’échange indéniable :
On pourrait lui conseiller d’aller faire un tour, lui qui aime voyager, non en Thaïlande pour une fois, mais, par exemple, en Andalousie, à Cordoue ou à Grenade, ou encore en Sicile, à Palerme, pour ne prendre que des destinations proches et où l’Islam, un jour, a fécondé l’Europe.
Cette phrase a entraîné un débat que le lecteur peut consulter dans la partie « dialoguez sur le forum de Salah Stétié » sur internet : certains lecteurs ont estimé que l’expression « féconder » n’est pas adéquate pour décrire les rapports entre les deux civilisations bien qu’il soit indéniable que l’Islam a joué un rôle important dans l’histoire des idées en Europe. C’est F. Xavier qui apporte une réponse à cette question. Selon lui, les livres d’histoire montrent que la civilisation italienne, par exemple, a été influencée par les idées des émirs et des sultans musulmans. Ceux-ci avaient réuni, de Bagdad à Constantinople, tous les artistes (architectes, peintres, sculpteurs, etc.) du monde arabo-perse qui ont émigré vers l’Ouest et ont apporté avec eux la culture qui a soudain fleuri en Italie puis en France.
L’attitude qu’adopte le poète contre tous ceux qui travaillent en vue de mépriser un monde ou l’autre, une vision ou l’autre a pour but, à notre sens, non de creuser le conflit, mais d’amener ceux qui portent des jugements destructeurs à y renoncer en faveur d’une ouverture et d’un échange fructueux.
La poésie de S. Stétié montre que la vie est mobile. Les Méditerranéens se croisent, se mêlent, se rencontrent, se fondent, comme les paroles de la poésie pour devenir Parole, celle de la Bible, de l’Évangile, du Coran, et surtout de la poésie, qui les métisse tous les trois. Ce métissage ne peut se réaliser pourtant sans médiateurs. Les témoignages des écrivains occidentaux dont Madeleine Désarmeaux, Daniel Aranjo, Yves-Alain Favre et d’autres cités ci-dessus, confirment que S. Stétié est parmi les grands médiateurs qui travaillent, par tous les moyens qui leur sont possibles, à la paix et la quiétude de l’humanité. Citons l’exemple de M. Désarmeaux et d’André Pierre de Mandiargues qui, dans L’arbre à paroles, soulignent le risque que peuvent causer les conflits identitaires et le rejet des autres cultures :
Plus leur interdépendance se manifeste et plus les hommes s’entredéchirent : nous avons aujourd’hui grand besoin de médiateurs. Parmi les bons esprits qui peuvent jouer ce rôle, rares sont ceux dont les origines, le parcours, l’érudition et le goût leur permettent d’évoquer avec autant d’aisance et de sympathie (au sens premier du terme) dans une culture que dans une autre et, partant, de comprendre de l’intérieur aussi bien les traits de l’une que de l’autre. Encore plus rares ceux qui, à cette disposition morale, à cet atout culturel, allient une recherche personnelle de haute exigence. Salah Stétié est de ceux-là.
M. Désarmeaux donne l’exemple de deux livres : Le Nibbio et L’Autre côté brûlé du très pur. Selon elle, Le Nibbio peut surprendre celui qui l’aborde pour la première fois dans la mesure où il constitue une réflexion philosophique, un travail de littérature comparée, une analyse de mythes transculturels et une critique poétique ». Dans Le Nibbio, S. Stétié évoque ceux qu’il aime, qu’ils soient en Orient ou en Occident. Il est lié à eux par l’essentiel, à savoir la poésie et l’amour :
Mallarmé côtoie Frénaud, Novalis converse avec Roûmi, Michaux avec Mandiargues. Il (Stétié) nous parle de ce qui le requiert − la création poétique, bien sûr mais aussi le progrès scientifique, la langue française, les relations Nord-Sud − et évoque dans sa promenade méditative, quelques scintillants avatars de l’universelle énonciation de « cela, en nous, qui touche au plus profond mystère et rejoint la nappe phréatique dont nous sommes issus ».
A. P. de Mandiargues nous appelle à son tour à aimer ce grand poète venu d’Orient et qui dépasse toute vision ethnocentrique et fait preuve d’une ouverture et d’une tolérance singulières :
Au-delà de toute notion d’amitié, si l’homme Salah et le nom de Salah Stétié me sont devenus tellement précieux c’est parce qu’ils sont exemplaires de ce qui nous est le plus nécessaire aujourd’hui, une vaste culture qui échappe totalement aux frontières imposées par une race ou une nationalité, la soumission à une discipline politique, à une religion, à l’usage d’une langue, Salah Stétié est un frère moderne de ces intellectuels arabes qui avant l’an mille rendirent à l’Occident la connaissance de la philosophie et des mathématiques perdues dans la nuit de la barbarie, il n’est pas moins proche du magnifique empereur Frédéric II de Hohenstaufen qui au treizième siècle construisait des mosquées en Sicile et dans les Pouilles pour ses amis arabes […] Aimons donc Salah Stétié.
Giovani Dotoli, de son côté, souligne la dualité et la double culture de S. Stétié qui lui permettent l’ouverture à l’autre et la tolérance de l’altérité. Il montre que l’Orient et l’Occident, l’Islam et le Christianisme cohabitent merveilleusement dans son œuvre :
S. Stétié est le poète par excellence de la dualité. Il se module, se complète, crée sur un échange double, sur une convergence salutaire. « Sa dualité » est harmonieuse. La dichotomie et le décalage s’effaçant. Salah Stétié se déracine et s’enracine, sans trahison, en un dialogue continu et substantiel. Le poète évite toute ambiguïté de l’homme double, pour s’ouvrir « sous la ténèbre de Dieu » Il se « déculture » pour épouser l’autre, sans jamais perdre sa propre identité […] il vit au lieu de la rencontre de deux mondes, deux univers, deux cultures, où « l’une […] infléchit l’autre et la féconde ».

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