Ecrivains arabes d'expression française

Salah Stétié: La « réinscription » de Salah Stétié dans la langue arabe

        Le Monde arabe et les contraintes d'ouverture

 

       Bien que sa langue d'expression de S. Stétié soit le français, le poète se situe toujours par rapport à son arabité. Toutefois, il décrit le monde arabe comme un espace complexe et fermé sur lui-même. C'est une culture qui a été fascinée par sa longue histoire pendant longtemps, mais elle a basculé dans l'univers moderne depuis quelques dizaines d'années. Cette brusque mutation a influencé la façon de voir le monde chez les Arabes et, par conséquent, celles des poètes et des écrivains de ce monde traumatisé.

       Le monde arabe est décrit dans l'œuvre stétienne dans son rôle de grande civilisation faisant partie des principaux acteurs de la culture universelle. La civilisation islamique est, selon le poète, l'une des plus grandes et des plus nobles créations mentales, spirituelles, artistiques et littéraires de l'homme. Elle est l'une des plus significatives parmi toutes les civilisations qui ont sécrété une définition de l'homme dans son rapport à lui-même, à la société et à la divinité :

 

              Les pays arabes ont beaucoup à apporter au dialogue interculturel de demain parce que ce sont de grands pays par l'histoire et par l'établissement géographique, tournés qu'ils sont vers la Méditerranée, tendant la main à l'Afrique noire et à l'Asie voisine, regardant en vis-à-vis la rive Nord.

 

Il n'hésite pas à souligner que la civilisation arabe, qui est une « grande civilisation d'un grand peuple », est malheureusement stoppée dans son évolution historique en raison de la colonisation turque et européenne. En outre, le monde arabe est dégradé culturellement du fait d'une politique « insensée » au plan intérieur. C'est une politique qui consiste à maintenir les chefs politiques au pouvoir en négligeant les problèmes réels des peuples. L'appartenance au monde et à la civilisation arabes crée chez S. Stétié deux sentiments contradictoires mais conciliables. C'est, d'abord, une « aliénation insupportable » :

 

     Il m'est arrivé parfois de subir cette appartenance au monde arabe comme une aliénation insupportable dans la mesure où je jugeais la direction de ce monde incertaine, vacillantes les convictions, inefficaces ou inacceptables − violents souvent, mais plus souvent encore anti-démocratiques − les comportements de bien des dirigeants.

 

Toutefois, l'appartenance à cette « grande civilisation » est affirmée avec fierté. Le poète refuse de se désolidariser du monde arabo-musulman bien qu'il soit affaibli, dominé, exploité, mal vu, méprisé. Il souligne, en effet, la richesse culturelle du Monde arabe et de la civilisation islamique et les considère comme une chance pour leurs peuples.

 

     Je considère toujours que la dimension  culturelle du monde arabe, celle du monde islamique, font partie des atouts de ces deux mondes-là dont l'un recouvre l'autre et le dépasse.

 

  La terrible déviance de l'intégrisme ne changera rien à la grandeur et à la noblesse de cette civilisation. Les intégristes ne possèdent pas vraiment les clés de la civilisation islamique. Leur déviance ne saurait remettre en cause les principes de base d'une  culture et d'une civilisation qui ont su intégrer tant de peuples, tant de langues, tant de mentalités et tant de divergences, ayant réussi à un moment donné à trouver leur point d'équilibre et leur lieu de réciprocité :

 

     De même que le christianisme ne saurait être condamné au nom des guerres, des atrocités commises au temps des croisades ou au temps des guerres de religion, de même, contrairement à ce qu'en dit Salman Rushdie, on ne saurait rendre l'islam (en tant que doctrine et en tant que société) responsable des égarements de ses fous.

Les Arabes […] méritent bien mieux que cette image d'eux-mêmes qu'on leur propose et à laquelle ils finissent par adhérer […] Les Arabes, grand peuple dans l'Histoire, peuple de la parole et du Livre, doivent absolument être  sauvés de cette conscience malheureuse […] Il faut les y aider, pour le salut de tous.

 

       S. Stétié s'oppose aux intégristes qui donnent une image fausse de l'Islam et du monde arabe. En outre, il critique les non musulmans qui portent sur cette religion des jugements non fondés sur des raisonnements objectifs. C'est le cas de Salman Rushdie ou de l'écrivain indien Vidiadhar Surajprasad Naipaul (né en 1932), qui trouvent leur compte, « leur compte en banque aussi bien », à attaquer l'Islam. S. Stétié explique cette religion et la transmet à ceux qui l'ignorent. Diplomate politique mais aussi poète et essayiste, il offre au lecteur et le fait apprivoiser la lumière de l'Orient.

       Le présent du monde arabe n'est pourtant pas sans être critiqué. C'est un présent médiocre par rapport à un passé prestigieux. S. Stétié met en question la situation effrayante des Arabes, leur présence passive sur la scène internationale, leur force inemployée face à cette machine à broyer le temps et les hommes, à savoir la civilisation industrielle. Sans poids dans les relations internationales, sans moyens de pression, déchiré par des rivalités internes, en proie à l'expansionnisme régional, le monde arabe n'émet plus que des images de violence, de fanatisme et de course aux armements. En 1995, le poète affirme qu'il vit « la question arabe » douloureusement, mais avec un espoir :

 

    Les Arabes […] méritent bien mieux que cette image d'eux-mêmes qu'on leur propose et à laquelle ils finissent par adhérer […] Les Arabes, grand peuple dans l'Histoire, peuple de la parole et du Livre, doivent absolument être  sauvés de cette conscience malheureuse […] Il faut les y aider, pour le salut de tous.

 

       La relation entre le monde arabe et le monde occidental est décrite comme celle d'un  dominant  devenu dominé (le monde arabe) et d'un dominé qui est actuellement dominant (le monde occidental), d'où la complémentarité des deux mondes. En outre, la proximité géographique et la position médiane du monde arabe au débouché de trois continents et à leur point central de convergence méditerranéenne renforce leurs relations et encourage d'autres coopérations.

S. Stétié défend sa première culture, à savoir la culture arabe. Il la considère comme une culture complète, c'est-à-dire une organisation structurée de signes issus les uns des autres, un système fortement cohérent, évoluant en ordre non dispersé vers l'accomplissement de ses rêves d'union. Cela fait de cette culture une altérité irréductible à d'autres systèmes de cohérence, à d'autres totalités culturelles. Dans Les Porteurs de feu, il montre que le monde arabe subit des bouleversements. En effet, après avoir été fermé sur lui-même pendant des siècles, prisonnier non seulement des limites assignées à son action et à son élan par l'occupant étranger, mais aussi de ses propres structures mentales, il commence à se libérer de ces deux contraintes.

 

                                  Mfedal BAIGGAR

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Salah Stétié

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Article ajouté le 2007-03-11 , consulté 106 fois

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